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POST TENEBRAS LUX


Pourquoi je soutiens l’humoriste français Dieudonné M’bala M’bala ?

Publié par Karim R'Bati sur 9 Janvier 2014, 17:22pm

Catégories : #LIBRE OPINION

Pourquoi je soutiens l’humoriste français Dieudonné M’bala M’bala ?

Le monde des médias, c’est connu, procède souvent par simplification des enjeux complexes à des fins d’orientation de l’opinion dans une direction donnée. L’objectif est ainsi le même : exercer un contrôle, une tutelle qui ne dit pas son nom sur ce que les gens sont censés penser de tel ou tel enjeu d’actualité. L'emballement médiatique contre l'humouriste Dieudonné est la parfaite illustration de ce mécanisme manipulatoire digne des méthodes de la propagande fasciste. On juge un artiste selon les convictions présumées d’une partie de son public. On l’enferme dans une case infâme sur la base de l’une de ses fréquentations, en usant d’un mode de persuasion qui n’a rien à envier au fameux syllogisme de l’absurde d’Eugène Ionesco : « Tous les chats sont mortels, Socrate est mortel, donc Socrate est un chat » et c’est d’une logique imparable ! De la même manière, on part de l’antisémitisme avéré de l’historien négationnisme Robert Faurisson ou de celui attribué à l’essayiste sociologisant Alain Soral (prémisse majeur), pour tirer une conclusion sur l’antisémitisme (supposé) de Dieudonné et ce, sur la base de sa fréquentation passée de ces deux énergumènes (prémisse mineur) ; lesquels, faut-il le rappeler, ne sont qu'un pur produit de la «France-qui-pense».

Ailleurs, on décontextualise ses vannes, on leur retire leurs caractère non sérieux, leurs qualités humoristiques et leur dimension de performance artistique, pour les traiter comme si elles étaient des énoncés sérieux, proférés dans un contexte sérieux et, donc, susceptibles de tomber sous le coup de la loi. On peut même lire sur les colonnes du très sérieux quotidien Le Monde des articles où l’on pousse la manipulation fascisante jusqu’à l’essentialisation du public de Dieudo. Non, vous ne rêvez pas ! Ainsi, le public français de l’humoriste maudit serait constitué de jeunes issus de l’immigration maghrébine, donc, d’une minorité de français, de confession musulmane et, de surcroît, supposément antisémite. Comme si on cherchait à accréditer la thèse sous-entendue - mais non avouée - selon laquelle l’humoriste et son public seraient des Étrangers à la France éternelle, alors qu’il n’y a pas plus français que le public de Dieudonné, il n’y a plus français que l’esprit de son humour, tant dans la forme que dans le fond.

Ce faisant, on alimente au passage les stéréotypes racistes et notamment une nouvelle thèse farfelue selon laquelle le racisme anti-blanc, ça existe : "c'est l'antisémitisme, présent au Maghreb, au Moyen-Orient, en Afrique subsaharienne et dans les banlieues" et cette ineptie conceptuelle, cette imposture intellectuelle, fruit d’une évidente paresse ou mauvaise foi, est sortie de la plume d’un petit essayiste parisien (Pascal Bruckner) dans le monde du 3 janvier 2014. Un peu comme si ce dernier voulait nous persuader que les banlieues françaises étaient un prolongement naturel de l’Afrique du nord et du Moyen-Orient, alors qu’on sait pertinemment que l’histoire de la shoah est une invention de l’Europe moderne. La shoah, c’est la honte éternelle de la France qui, avec la complicité de ses médias de propagande et d’une infime partie de ses intellectuels, cherche - faute d'en changer les faits historiques - à en rejeter la cause essentielle (l’antisémitisme biblique, blanc et européen) à la périphérie de la Cité ou, mieux encore, en dehors de la France. Alors qu’il est évident que les Arabo-musulmans n’ont rien à voir ni avec les crimes nazis, ni avec la déportation des juifs au nom de l’état français. On sait aussi que les Palestiniens ont été les boucs émissaires des crimes contre l’humanité de ceux-là même qui ont organisé ou contribué à l’une des pires horreurs de l’histoire de l’humanité : l’holocauste des juifs d’Europe.

Mais passons sur cette tentative éhontée de réécriture de l’histoire et revenons à Dieudonné. Moi qui ne fais aucun mystère sur mon soutien à cet humoriste drôlissime, je risque bientôt de me confronter à la désagréable expérience où le dernier nigaud serait suffisamment outillé pour sous-entendre je ne sais quelle infamie dont je serais soupçonné, en invoquant l’une de mes origines ethniques ou l’une de mes identités. Alors j’anticipe le coup, Monsieur Pascal Bruckner, qu’est ce que vous voulez, on n’est jamais assez prudent avec votre terreur de la pensée unique ! Pourquoi, alors, soutenir Dieudonné, avec tous les risques qu'un tel soutien pourrait induire ? Question qui, de mon point de vue, comporte deux volets : d’une part, le pourquoi de mon soutien à l’humoriste français, et, d’autre part, ce qui me dérange chez ses détracteurs. Les deux volets étant intimement liés.

Pour la premier question, je répondrais ceci : parce que Dieudonné est le meilleur et le plus drôle de tous les humoristes français ; parce que son humour qui fait mouche est le plus subversif que la France ait jamais connue ; parce qu’il est combattu par un système politico-médiatique qui découvre avec désarroi sa perte de contrôle sur les consciences libres ; parce qu’il est l’un des rares qui refuse de s’accommoder d’un certain humour ethnique : celui où l’on puise dans la même galerie de figures autorisées pour amuser le bobo et flatter le raciste refoulé ; pour toutes ces raisons, Dieudo est, aujourd’hui, le plus grand humoriste de France et de Navarre. Plus généralement, l’humour, on a tendance à l’oublier, est le genre artistique le plus démocratique qui soit, c’est le public qui décide, c’est lui qui fait et défait les rois et les bouffons. Et c’est à l’honneur de la France, que ce genre artistique soit aujourd’hui ce que fut autrefois le théâtre de boulevard et le vaudeville, c’est-à-dire un art populaire au sens noble du terme.

Quant à la seconde question, sur ce qui me dérange chez les détracteurs de Dieudonné ou, pour le moins, chez une partie de ces derniers, je dirais que c’est leur mauvaise foi intellectuelle ; leur deux poids, deux mesures ; leur hostilité à la liberté artistique ; leur petite morale d’épiciers ; leur conception mutilée de l’humanisme ; leur absence totale d‘empathie pour les souffrances des autres peuples ; leur apologie des crimes sionistes ; leur entreprise de déshumanisation du peuple palestinien ; leur lâcheté devant - ou complicité avec - les auteurs les atrocités barbares que subit ce peuple ; leur mode de représentation des Amazigho-Arabo-musulmans, qui ne peuvent être, à leurs yeux, que collabos ou antisémites ; et, enfin, leur prétention à m’imposer une idéologie qui entretient la thèse de l’inégalité des races et de la supériorité d’une race donnée sur toutes les autres. Voilà ce qui me dérange chez les détracteurs de Dieudo ou chez tous ceux qui participent naïvement ou en connaissance de cause de cette nauséabonde idéologie raciste et de sa petite morale à géométrie variable : sacro-sainte liberté d’expression et de blasphème pour une catégorie délimitée de sujets, mais silence gêné ou soutien affiché aux crimes d’Israël d’une part et, d’autre part, indignation - tout à fait légitime du reste - devant les atteintes à la dignité humaine des anciennes victimes de le shoah.

Même si je reste convaincu de mon égale humanité à celle de toutes les races et de tous les peuples de la terre, je ne peux pas me sentir du même bord que ceux qui ne me reconnaissent pas comme leur égal. Aucun dialogue, ni aucune convergence de vue n’est possible avec ceux qui s’entêtent à rejeter leur appartenance à la seule famille humaine qui existe sur cette terre : celle qui ne reconnaît aucune hiérarchie entre les races humaines, celle qui ne peut réagir qu’avec la même authentique sincérité devant les atteintes à la dignité de tous les peuples, de toutes les ethnies et de toutes les religions, celle qui ne peut réagir qu’avec une égale indignation devant les horreurs de la traite négrière, la barbarie coloniale, la déportation des Juifs, les crimes subis par les Palestiniens depuis plus de soixante ans ou devant la tragédie de tout autre peuple sur cette planète.

Karim R'Bati

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Oukarawak 13/01/2014 00:18

Franchement...pas mieux...

Omar 09/01/2014 20:19

Karim, on ne peut pas mettre sur le meme pied d'egalité la shoah et le probleme palestinien. C'est ce qui explique sans doute le "deux poids deux mesures" tant ressassé. Il suffit de repenser aux conditions d'exterminations du regime nazie. Penser aussi que cela aurait pu nous arriver aussi si nous etions nés juifs.

K.R' 11/01/2014 11:34

Ce sont les mêmes arguments qui reviennent dans la bouche de la majorité écrasante des défenseurs d’Israël en toute circonstance, animés en cela par un esprit de corps et de solidarité à toute épreuve - même devant les pires crimes contre l’humanité de l’état sioniste : 1-Israël est une démocratie / 2.-Israël accueille des arabes à la Knesset / 3.-Israël accueille des réfugiés de partout. Pour ce dernier argument, il faut l’abandonner compte tenu des critères d’accueil (confession Juive), et on le voit, d’ailleurs aujourd’hui dans la situation dramatique des réfugiés d’Afrique sub-saharienne et qui sont indésirables pour Israël, parce que musulmans, chrétiens ou animistes. Pour l’avant dernier argument, évidemment les 20 % de Palestiniens naturalisés israéliens étaient là avant l’existence d’Israël et constituent cette infime minorité des Palestiniens qui n’a pas été expulsée manu militari. Enfin, pour le 1er argument «Israël est une démocratie», cet argument, lui-aussi, ne tient pas la route du moment qu’Israël cherche depuis quelques années à s’auto-définir comme un état juif. Il va falloir expliquer au monde comment une théocratie hébraïque où l’on interdit les mariages mixtes entre Juifs et autres confessions, où l’on pratique la ségrégation raciale, l’apartheid, où l’on n’accepte pas les gens de couleurs dans les hôpitaux (et notamment dans un hôpital à Tel Aviv), où l’on cultive le mythe de la pureté de la race, où l’on traite les Palestiniens en sous-êtres quant on ne les massacre pas (et j’en passe !), comment un tel pays peut-il être une démocratie ? Je connais l’Iran où l’on organise aussi des élections périodiques et où l’on recourt aux mêmes mécanismes et aux mêmes institutions démocratiques, est-ce pour autant une démocratie ? Mais, c’est vrai, comparé à l’Arabie saoudite ou à l’Egypte, Israël est le régime le moins pire de ces derniers. Pour les Palestiniens qui seraient maltraités par leurs frères arabes, ce n’est qu’une toute petite facette de la tragédie du peuple palestinien : expulsé de ses terres (La Palestine) et qui n’a pas à squatter un pays autre que le sien, comme le souhaiterait Israël du haut de son arrogance coutumière. Leur vraie terre, c’est la Palestine et nulle part ailleurs. Aucun de vos arguments n’occultera les crimes contre l’humanité d’Israël, aucun ne pourra noyer le poisson sur le droit des Palestiniens au retour, aucun ne résoudra le grand problème éthique et moral des Israéliens. Je parle bien entendu des Israéliens honorables qui n’ont pas perdu ni leur humanité, ni leur conscience morale ; il en existe et c’est peut-être un motif d’espoir. En tout cas, je suis pour le droit d’Israël à l’existence, mais aussi pour la légalité internationale, contre l’occupation coloniale, pour le droit au retour et, enfin, pour le droit légitime du peuple palestinien à l’autodétermination sur les frontières de la Palestine de 1967.

Nico 10/01/2014 16:09

Les Palestiniens deja se maltraitent entre eux, ont ete maltraité par leurs freres arabes, sans statusndans certains pays et instrumentalises a des fins politiques antisioniste tandis que leurs freres arabes israeliens ont la citoyenneté Israelienne, sont représentés a la Knesset et participent au processus democratique d'un pays a majorite juive, le meme pays qui a acceuillis les communautés juives expulsees ou refugiees d'Egypte, du Yemen, d'Irak, du Liban, de Lybie, d'Ethiopie (ceux ayant transites par les camps de refugies au Soudan dans les annees 80/90). Israel n'est pas parfais mais les nazis ne permettaient pas aux juifs d'avoir leur representatiom democratique ou d'aller en court supreme contre un general allemand...
vous voulez defendre les palestiniens allez deja en Israel et en Palestine et joignez vous a Betsellem. Mais aussi cessez d'ignorer le traitement inhumain reserves a ces derniers dans des pays soit disant solidaires. Critiquez les politiciens Israeliens si vous le souhaitez, mais ne pretendez pas etre contre la generalisation des arabo-amazigh-berberes quand vous ignorez volontairement ou pas la diversité israelienne, tant culturelle, politique qu'ideologique, en insultant les citoyens de ce pays. Ensuite vous aurez de la credibilite.

K.R' 10/01/2014 00:54

Pour moi, il n'y a pas de hiérarchie dans l'horreur. On peut hiérarchiser les horreurs sur le plan intensif, mais pas sur le plan qualitatif, étant donné que l’essence de l’horreur est la même. Ceux qui s'indignent devant la shoah, mais ne manifestent aucune empathie devant la tragédie du peuple palestinien ne sont pas sincères. S’ils l’étaient vraiment, ils manifesteraient la même indignation devant les crimes contre l’humanité subis par le peuple palestinien … K.R'

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