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POST TENEBRAS LUX


Syrie – Irak, Année zéro … ou la Pax Americana

Publié par Karim R'Bati sur 3 Juillet 2014, 12:33pm

Catégories : #POLITIQUE

Syrie – Irak, Année zéro … ou la Pax Americana

Avec le recul nécessaire aux historiens de l’époque contemporaine, on finira bien, un jour, par considérer l’invasion américaine en Irak (mars 2003) comme ayant été à l’origine de l’un des plus périlleux processus géopolitiques de ce vingt-et-unième siècle. Onze ans nous séparent de ce tournant majeur qui fit basculer toute la région dans l’inconnu et l’ont n’est qu’aux débuts d’une longue série de bouleversements dont on réalise mal tous les effets à moyen et à long terme. Dans l’intervalle, un simple relevé provisoire des faits intervenus au Proche-Orient depuis cette date à nos jours nous permettrait d’entrevoir les premiers renversements géopolitiques, ainsi que leurs conséquences immédiates.

On se souvient que, pour briser la résistance intérieure à leur intervention militaires en Irak, les États-Unis mirent à profit les divisions interconfessionnelles entre Sunnites et Chiites. Aussi, dès les débuts des hostilités, misèrent-ils sur ces derniers au détriment de la minorité sunnite, considérée à l’époque comme largement pro-Saddam Hussein. Depuis lors, s’en est suivi l’enchaînement fatal des événements tragiques que l’ont connaît : bombardements américains, massacres des populations innocentes, ravages de la guerre civile, détournement du regard de la communauté internationale des crimes de l’occupation sioniste des territoires palestiniens, ainsi que d’autres graves atteintes aux droits humains perpétrées aussi bien par les prétendus libérateurs du peuple irakien que par les nouveaux maîtres de Bagdad. Autant de tragédies - et ce n’est pas encore fini ! - qui n’ont cessé d’endeuiller toute la région. Et pour finir, à la manière de l’histoire de l’arroseur arrosé, l’intervention américaine a eu entre autres pour effet collatéral le basculement du Proche-Orient dans le camp iranien, devenu depuis lors, une réelle continuité géopolitique, un «arc chiite» allant du Liban à l’Iran, en passant par la Syrie et l’Irak et ce, au grand dam de l’état sioniste, du royaume wahhabite, ainsi que du reste des états vassaux d’obédience sunnite du monde arabe.

Il faudrait attendre la séquence non encore close du printemps des peuples et notamment le déclenchement de la guerre civile en Syrie, pour mieux appréhender les enjeux qui vont déterminer les manœuvres secrètes de quelques acteurs régionaux. En effet, si on connaît trop bien le rôle de l’Arabie saoudite dans l’échec relatif des soulèvements des peuples d’Afrique du nord et du Proche-Orient, on connaît très mal celui d’Israël qui, pour d’autres raisons, a un intérêt crucial à juguler tout processus démocratique dans le monde arabe. Et pour cause, contrairement aux intentions des autocraties arabes qui restent largement prévisibles aux yeux d'Israël, celles des peuples, elles, sont pour le moins incontrôlables et en tous les cas largement acquises à la cause légitime du peuple palestinien. Par conséquent, s’il ait aujourd’hui des acteurs régionaux intéressés au premier chef par la déliquescence actuelle de la Syrie et de l’Irak, c’est sans nul doute l’Arabie saoudite et Israël. La première pour des raisons de rivalité idéologique avec l’Iran, sur fond d’une longue histoire d’antagonisme doctrinaire entre Sunnites et Chiites, et parce ce qu’elle se sent doublement menacée : par les états de l’axe chiite d’une part et, d’autre part, par la nouvelle dynamique démocratique insufflée par les peuples du monde arabe. Quant à la seconde, outre la raison invoquée, non seulement elle redoute la menace directe du mouvement de résistance du Hezbollah libanais, mais aussi celle - réelle ou fantasmée - de son puissant parrain iranien: l’Iran étant, avec la Syrie, les deux seuls états de la région ouvertement hostiles à l’entité sioniste et à son occupation illégale des territoires palestiniens. Rappelon au passage la revendication légitime de la Syrie sur le plateau du Golan, spolié par Israël depuis la guerre des six jours, de juin 1967 et que Damas ne cesse de revendiquer.

Et c’est dans la parfaite logique des choses que ces deux improbables alliés de circonstance aient un intérêt stratégique à briser non seulement ce redoutable bloc pro-iranien, farouchement antisioniste, mais aussi les aspirations démocratiques des peuples du monde arabe. Concrètement, un tel rapprochement se traduit sur le terrain par la création des conditions du chaos généralisé en Syrie et en Irak que l’on connaît. La fin justifiant les moyens, le but escompté de cette aventure cavalière - aux conséquences inimaginables - étant l’avènement à terme d’une nouvelle entité sunnito-wahhabite, de faible intensité et entièrement inféodée à l’Arabie saoudite. Peut-être même quelques puissances occidentales pousseraient-elles le cynisme jusqu’à faire intervenir tardivement le Conseil de Sécurité - curieusement absent ces derniers temps (!) - pour, in fine, légitimer d’une manière ou d’une autre la Realpolitik qui risque de s’imposer à la faveur des succès militaires des terroristes salafistes de Daèch sur les territoires de l’autoproclamé état islamique en Irak et au Levant (EIIL). En contrepartie, cette nouvelle entité fantoche serait appelée à former un état-tampon entre Israël et l’Iran, mais aussi un nouveau régime arabe vassal, plus malléable pour les États-Unis et, comme le reste des autocraties sunnites du monde arabe, plus accommodant avec l’entité sioniste. Il n’en demeure pas moins que de telles manœuvres portent en elles les germes de périlleux développements futures ; car si aux yeux des États-Unis et de leurs alliés le comportement des autocrates arabes reste sous contrôle, voire souvent complice, la réaction des peuples, elle, est la grande inconnue ; une inconnue dont la seule issue favorable et honorable pour tous passerait forcément par la conformité au droit international ; c’est-à-dire par le respect de la volonté des peuples et notamment par le règlement dans la justice du conflit israélo-palestinien.

Karim R’Bati

 

 

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