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Le blog Citoyen

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POST TENEBRAS LUX


Chronique d’une mascarade annoncée : le référendum du 1er juillet 2011 (vu par Abdellatif Laabi)

Publié par Karim R'Bati sur 1 Juillet 2015, 14:17pm

Catégories : #ANTHOLOGIE POLITIQUE

Chronique d’une mascarade annoncée : le référendum du 1er juillet 2011    (vu par Abdellatif Laabi)

« Il faudrait que derrière la porte de chaque homme satisfait, heureux, s'en tint un autre qui frapperait sans arrêt du marteau pour lui rappeler qu'il existe des malheureux » TCHÉKHOV

 

Cinq ans et quelques poussières nous séparent  de ce jour mémorable du 20 février 2011. Cette nouvelle page dans l’histoire du Maroc contemporain aura été l’œuvre, faut-il le rappeler, d’une poignée de Citoyens marocains, épris de légitimes aspirations à la liberté et à la démocratie. Peu importe la tournure ultérieure des événements  de ce printemps démocratique des peuples d’Afrique du nord et du Proche-Orient, la vague de répression et des arrestations, le sang des martyrs du 20 février, les procès politiques, les postures opportunistes de nos piètres élites, la corruption des âmes et l’achat des consciences ; peu importe tous ces événements qui nous ont fait rater un précieux rendez-vous avec l’histoire, c’est dans des épreuves comme celles-ci que l’on reconnaît les grandes hommes des petites, les héros des parasites, ceux qui luttent pour la liberté et pour la dignité humaine de leurs concitoyens et ceux, toujours les mêmes, qui trahissent leurs peuples pour se ranger dans le camp des oppresseurs. L’écrivain marocain Abdellatif Laâbi, qu’on ne présente plus, fait incontestablement partie de la première catégorie, celle des très rares intellectuels engagés. Resté fidèle à son combat pour la démocratie, pour un Maroc libre et laïc, combat pour lequel il a payé un lourd tribut, il publia en 2013 «Un Autre Maroc Lettre à mes Concitoyens», un livre touchant de sincérité à l’attention  des Marocains, de tous les Marocains. Il y parle de l’ancien règne et du nouveau, des erreurs du passé et de celles du présent, de ses déceptions mais aussi  de sa ferme conviction que notre peuple accédera tôt ou tard à la liberté. En voici un fragment significatif où il nous livre un regard sans concession sur la mascarade du référendum du 1er Juillet 2011 et, à la fin de ce même fragment, il rend le plus beau des hommages aux jeunes militants du mouvement du 20 février. K.R'

***

De l’immense espoir que le printemps arabe avait fait naître en nous et du goût de l’avenir qu’il avait restitué à notre jeunesse, il ne reste aujourd’hui que le désenchantement, qu’un arrière-goût d’amertume.  La réforme constitutionnelle dont nous attendions une refonte de notre système politique inauguré par un acte fondateur, celui du démantèlement du système Makhzen et de l’abolition des archaïsmes les plus criants liés à l’institution monarchique, levant ainsi l’obstacle à l’instauration de l’état de droit, cette réforme, contrairement à ce que propage ses thuriféraires, s’est révélée être un miroir aux alouettes, un champ semé de mirages. Ce monument de verbiage, ce tissu d’approximations, de déclarations d’intention et parfois de contradictions, cet habillage à l’Arlequin d’un texte qui aurait dû énoncer simplement et clairement les fondamentaux et les règles sur lesquels se sont érigés toutes les démocraties dignes de ce nom, n’a fait que brouiller les cartes et nous renvoyer à la case départ. Pourquoi un tel ratage ? C’est que le ver était déjà dans le fruit. Le scénario avait été écrit à la hâte, dans la panique, sous la pression des événements et non à la faveur d’un choix mûrement réfléchi, s’inscrivant dans une vision, celle d’un projet de société en rupture avec l’existant, d’une avancée civilisationnelle.

Je ne veux pas me perdre derechef en conjectures sur les motivations plus personnelles du chef de l’état et de son entourage. Je m’en tiens aux faits, suffisamment révélateurs : la décision unilatérale de désigner une commission retreinte chargée de rédiger le texte et de ne consulter sur la mouture en préparation que les trente et quelques partis ayant pignon sur rue, dont les trois quarts sont des entités plus virtuelles que réelles ; le fait de n’avoir pas associé comme interlocuteurs à part entière des forces vives à la légitimité incontestée, représentées par les associations de la société civile, les mouvements féministe et de défense  des droits humains, celui de la jeunesse contestataire du 20 février, sans parler d’individualités, hommes et femmes reconnus pour leur rectitude morale, leur indépendance d’esprit et leur compétence dans divers domaines de l’activité intellectuelle, artistique et scientifique. À cela s’ajoutent les délais dérisoires fixés pour boucler le texte et le rendre public, pour l’organisation et le déroulement de la campagne référendaire ; les méthodes d’une ère qu’on croyait révolue, utilisées afin d’obtenir un oui massif ; la place plus que marginale accordée dans les médias au camp des hésitants et à celui, même minime, du refus. Si nous nous en tenons aux actes, le scénario qui a été finalement tourné ne diffère en rien sur la forme et peu sur le fond de ceux qui nous ont produit depuis l’indépendance les Constitutions successives que nous avions jugées à juste titre « octroyées ». Ce sont là des faits têtus qu’aucune démonstration, si savante soit-elle, ne saurait sérieusement réfuter […]

Les péripéties qui ont suivi (référendum, élections législatives, arrivée en tête du Parti de la justice et de développement, formation du gouvernement dirigé par M. Benkirane)  vont changer complètement la donne. Finie, la récréation ! Les rêves et les faux espoirs se sont fracassés sur le roc d’une réalité que nous avions presque oubliée : l’institution qui détient chez nous les rênes du pouvoir a toujours pratiqué l’endogamie politique […]

Ceux qui sont sortis vainqueurs de cette bataille où les armes ont été distribuées à un seul camp se garderaient bien de pavoiser. S’ils ont encore une fois protégé leurs bastions, assuré leurs privilèges, le pouvoir de verrouiller le jeu politique à leur seul profit, de maintenir la balance du côté de l’inertie, ils savent, et nous le savons, qu’ils n’ont fait que reporter l’échéance des changements réels dont le pays a besoin et auxquels aspirent de larges couches de notre société, même si une bonne part d’entre elles a été bernée à l’occasion.

Cela dit, ceux qui, parmi les forces citoyennes et de la jeunesse, se sont battus jusqu’au bout pour ces changements n’auront pas démérité. Reconnaissons-leur d’avoir été les déclencheurs d’une réforme qui aurait pu rendre justice à l’avancée qu’ils ont fait faire à la pensée et la pratique politiques dans notre pays, au sens civique exemplaire qui a marqué leurs démonstrations publiques. Face aux forces coalisées du pouvoir et de ses satellites partisans, et même si leurs idées restent encore passablement minoritaires au sein de la société, ils représentent dorénavant un vrai contre-pouvoir qu’il est impossible d’ignorer et que les menées répressives n’auront pour effet que de renforcer. L’avenir leur appartient, qu’on le veuille ou non. Puissent-ils dès leurs premiers pas dans le futur penser aux générations suivantes de la même façon que nous, nous pensons à eux.

Abdellatif Laâbi *

* In Un Autre Maroc Lettre à mes Concitoyens, Editions La Différence, Paris, 2013 ; pp. 81 – 88. 

Chronique d’une mascarade annoncée : le référendum du 1er juillet 2011    (vu par Abdellatif Laabi)

Commenter cet article

Mme Harouchi 05/07/2015 01:29

4 années de rupture ou de continuation?

Mme Sbihi; Harouchi 05/07/2015 01:28

Bonsoir,
quatre années de rupture ou de continuation politique?

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