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Le blog Citoyen

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POST TENEBRAS LUX


Les Amants du MUR

Publié par Karim R'Bati sur 24 Août 2016, 17:31pm

Catégories : #HUMOUR

Moulay Omar Benhammad et Fatima Nejjar

Moulay Omar Benhammad et Fatima Nejjar

* « لوكان الخوخ كايداوِي لوكان دآوَ راسو »

HUMOUR - Tout a commencé lorsqu’un ami m’envoya un livre à la couverture douteuse. Il me semblait bien que celle-ci ressemblait à s’y méprendre au genre de montage vulgaire qu’on partage et commente à satiété sur les réseaux sociaux. Aussi, comme  j’ai quitté facebook depuis longtemps, je ne savais pas trop comment réagir. Pourtant, je l’ai appris plus tard, le récit de ce livre n’a rien d’une fiction, et c’est par le plus fortuit des hasards que je l’ai découvert. Je l’ai même lu ;  oui, lu et relu avec délectation -vous n’êtes pas obligés de me croire sur parole- comme on peut lire quelque récit grotesque et absurde sur la réalité schizophrène du Maroc ne nos jours.

De quoi s’agit-il ? Tout bonnement d’une histoire ubuesque pour les uns, tragi-comique pour d’autres ; mais pour les deux protagonistes, juste un témoignage écrit de leurs amours interdites. Etonnement, les auteurs de ce récit haut en couleur, Moulay Omar Benhammad et Fatima Nejjar, sont deux dirigeants du Mouvement pour l’Unicité et de la Réforme (MUR), deux salafistes connus pour leurs prêches enflammés, notamment contre les amours adultères ou en dehors de ce que la morale puritaine appelle les « liens sacrés du mariage ». L’histoire commence lorsque ces deux amants, dans la vie réelle, ont été appréhendés par une patrouille des forces de l’ordre dans une voiture, au bord d’une plage romantique, vers les 7h du matin, en plein ébats amoureux …

Loin de la version approximative des médias marocains, leur récit, Nikahi (ma vie sexuelle), étonne et surprend par son caractère sincère. Le titre Nikahi qui laisse penser à l’infâme Kifahi (Mein Kampf), Tfou !, n’a rien à voir avec ce dernier ; il s’agit plutôt d’un "combat" humain, d’un Kifah pour le Nikah ; en somme, du Jihad intérieur inversé d’un couple d’amants torrides, qui ont bravé les interdits moraux pour se livrer aux joies de l’amour matinal au bord de la mer, sous les figuiers et ailleurs. Quel mal y a-t-il à ça, m’objectera-t-on ?

Ma vie sexuelle, par Moulay Omar Benhammad et Fatima Nejjar

Ma vie sexuelle, par Moulay Omar Benhammad et Fatima Nejjar

Bien entendu, aucun. D'ailleurs, le lecteur indulgent se gardera de juger les protagonistes de ce récit d’« amours illicites ». On ne se mêlera pas non plus de la vie privée des gens, même si, dans ce cas précis, celle-ci est en contradiction fragrante avec les prêches publics des concernés. Mais l’intérêt du livre est ailleurs : il est dans les péripéties passionnantes de l’aventure des deux amants du MUR. Et c’est avec une émotion non dissimulée qu’ils nous racontent avec force détails comment ils ont réussi à contourner les obstacles sociaux, familiaux et religieux ;  comment ils sont parvenus à concilier l’inconciliable, l’amour libre et leurs intimes convictions islamo-fascistes ; comment, enfin, ils ont su surmonter leur déchirement intérieur entre l’appel irrésistible et naturel de la chaire et les rigueurs de leurs prêches salafistes qui promettent les pires châtiments aux couples adultères.

Assurément, une telle histoire devra être un repère précieux pour la jeunesse marocaine et plus particulièrement pour leur public d'adolescentes et adolescents abrutis par les prêches liberticides des charlatans salafistes. Ces jeunes, à l’âge des passions irrésistibles, à cette belle saison de la vie où le corps et l’âme bourgeonnent de mille promesses, seraient bien inspirés de passer outre le discours hypocrite des vendeurs de religion, pour vivre en harmonie avec eux-mêmes. Pour y parvenir, ils trouveront dans cette histoire la réponse adéquate à leurs dilemme intérieur entre leurs aspirations à la liberté, leurs besoins affectifs, et les contraintes mortifères de la morale religieuse ; ce qui leur permettra, idéalement, de s’épanouir humainement, notamment dans et par l’expression naturelle de leur sexualité, sans contrainte, ni tabou ; en hommes et en femmes libres.

Karim R’Bati

* " Si les pêches pouvaient soigner, elles se soigneraient elles-mêmes ", proverbe marocain.

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