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Le blog Citoyen

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POST TENEBRAS LUX


D’un certain paradoxe du printemps arabe

Publié par Karim R'Bati sur 28 Février 2012, 10:04am

Catégories : #LIBRE OPINION

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N’entre pas dans l’histoire qui veut, encore moins par la grande porte. Toutes les époques ont vécu leurs révolutions. Chaque époque a eu ses héros et ses martyrs,  ses traîtres et ses opportunistes. Chaque siècle a connu ses printemps, ses peuples libérés et ses peuples opprimés. Les uns ont su saisir leurs rendez-vous avec l’histoire et, au prix de lourds sacrifices, ont réussi à arracher leur liberté à leurs oppresseurs, tandis que les autres, préférant se dérober à leurs responsabilités historiques, ont raté le leur et se sont accommodé de leur avilissante soumission à leurs tyrans. Ainsi va le monde : un train que certains prennent, tandis que d’autres le regardent passer, abasourdis, effarés, impuissants devant l’histoire qui avance sans eux, qui n’avance que par et pour les peuples qui ont lutté jusqu’au bout pour leur liberté.

Pendant plusieurs décennies, les peuples du mondes arabe ont vécu au rythme d’une propagande incantatoire, tournée tantôt vers les théories complotistes de l’ennemi extérieur, tantôt vers la lointaine cause palestinienne, souvent les deux n’ont faisaient qu’une.  Vue de l’extérieur, cette propagande, qui devait être perçue comme martiale ou belliciste, n’en était pas moins d’une insidieuse ambivalente. Sur le plan intérieur, la même propagande n’était autorisée que dans la mesure où elle contribuait à favoriser un semblant d’unanimité autour des régimes en place, légitimant ainsi leur statut usurpé de porte-voix des  causes sacrées de la «nation arabe», au sommet desquelles figure la lutte légitime du peuple palestinien contre l’occupation sioniste.

Aujourd’hui, force est de constater que toute cette idéologie populiste n’a libéré ni la Palestine, ni son peuple, ni la quasi-totalité des peuples du monde arabe. Même le récent congrès mondial pour la défense d’Al-Quds (Jérusalem) qui s’est tenu à Doha entre 26 et le 27 février 2012, n’a rien changé à la réalité de terrain. Qui s’en souvient d’ailleurs ? Passés inaperçus, les discours ampoulés des uns et des autres, tenus à l’occasion de ce cirque, ne différent en rien des résolutions et autres déclarations officielles de tous les congrès et conférences qui se sont tenus sous l’égide de la ligue arabe. En revanche, les seuls bénéficiaires de ces jeux de dupes sont, d’une part, les dictateurs arabe, qui auront plus ou moins réussi à canaliser et à détourner les énergies de leurs peuples à leur profit et, d’autre part, l’occupant sioniste, dont l’expansionnisme, les agressions et les massacres répétées contre le peuple palestinien ont trouvé dans les fanfaronnades de ces dictateurs arabes des alliés aussi précieux  qu’inattendus.

 

  cartes israel raye Palestine 

 

Ce constat amer, revu à la lumière des mutations géopolitiques que connait présentement la région du moyen orient et d’Afrique du nord, appelle une série d’interrogations d’où émerge, telle une révélation, ce que je considère comme un des grands paradoxes de ce printemps arabe. Par-delà le soutien mou que nos dirigeants manifestent occasionnellement pour la cause palestinienne - quant ils ne tissent pas des relations discrètes avec Israël - qu’avons-nous fait, en tant que peuples de ce monde arabe, pour libérer la Palestine et son peuple ? Mais d’abord, qu’avons-nous fait pour nous libérer nous-mêmes de nos dictatures respectives ? N’aurait-il pas été plus judicieux de mener à bien notre propre libération, avant d’aider nos frères de Palestine à réussir la leur ? Mai au-delà de ces interrogations, aussi paradoxale que cela puisse paraître, la plus grande solidarité que l’on puisse manifester à l’égard du peuple palestinien dans sa lutte légitime contre l’occupation, le seul engagement efficace que l’on pourrait assumer à l’égard du peuple syrien qui lutte contre la dictature sanguinaire de Bachar Al-Assad, serait de nous débarrasser d’abord de la nôtre.

De ce printemps arabe, l’histoire retiendra que le meilleur soutien jamais apporté au peuple d’Égypte, dans sa longue lutte contre son Pharaon, ne lui a pas été manifesté par aucun de ces pays occidentaux qui prétendent défendre les valeurs de démocratie dans le monde, mais par l’improbable peuple tunisien, par cet admirable héroïsme citoyen de chaque femme et de chaque homme, dont l’aspiration démocratique et la soif irrésistible de liberté ont su converger au contact de celles d’autres femmes et d’autres hommes, pour aboutir à la volonté de tout un peuple d’en finir avec sa dictature.  C’est cet héroïsme qui a servi de modèle - avec des fortunes diverses - pour les Égyptiens, les Libyens, les Yéménites, les Syriens, les Jordaniens et les Marocains et qui servira, sans nul doute, de modèle de résistance pour le peuple de la Palestine occupée.

Le temps de l’indignation sélective, populiste et à usage domestique, ce temps- là doit être banni, dépassé, jeté dans les poubelles de l’histoire, telle une image avilissante de nous-mêmes : la pire des capitulations, doublée d’une lâche résignation devant nos dictateurs. Le temps des causes inoffensives, pour les dictatures en place, celles dont se gargarisaient nos élites du sérail, comme un certain Tahar Ben Jelloun et d’autres, ce temps-là, est bien révolu. Voici venu le temps d’affronter seuls notre destin. Ne pas l’assumer entièrement, sous prétexte d’une supposé «exception culturelle» ou sous celui d’une quelconque solidarité passive envers les peuples lointains n’est que pure dérobade, digne de la trahison de nos intellectuels vendus.

Que chaque peuple arabe se remette debout et agisse comme s’il était, à la fois, seul face à son destin et l’exact miroir du plus valeureux des peuples arabes. En l’occurrence, nous devons glorifier le courage du peuple de Syrie, en le prenant comme exemple à suivre et non pas comme prétexte à slogans creux qui ne serviraient qu’à nous dérober à nos responsabilités devant notre destin et devant le jugement intransigeant de nos générations futures. Que chaque peuple arabe donne l’exemple aux autres, trace le sillon, éclaire le chemin, en luttant d’abord contre sa propre dictature. Voilà, la meilleur aide, le seul soutien qui vaille, l’unique moyen de marquer une solidarité aussi agissante qu’efficace avec les peuples palestinien, syrien, jordanien, algérien et autres, dans leurs luttes quotidiennes contre la tyrannie. Ce n’est qu’ainsi qu’une vertueuse émulation, entre tous nos peuples, pourra être entretenue. Ce n’est qu’ainsi que les peuples du monde arabe réussiront à rentrer, de nouveau, dans l’histoire par la grande porte.

Karim R’Bati : Outlandish, le 28 février 2012

 

 

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