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Le blog Citoyen

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POST TENEBRAS LUX


Dictature et (crise de) légitimité : par Francis Fukuyama

Publié par Karim R'Bati sur 3 Avril 2012, 11:49am

Catégories : #ANTHOLOGIE POLITIQUE

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Dans le contexte de la fin de la guerre froide, de la chute de l’Union soviétique et de celle du mur de Berlin, le politologue américain Francis Fukuyama publia, en 1992, un essai qui fera date : The End of History and the Last Man (La Fin de l'histoire et le Dernier Homme). Il y affirme que la fin de la Guerre froide marque la victoire idéologique de la démocratie et du libéralisme sur les autres idéologies politiques. Aussi, la fin de l'histoire ne signifie-elle pas, selon lui, l'absence de conflits, mais plutôt la suprématie absolue et définitive de l'idéal de la démocratie libérale. Si cet idéal est fondé sur la légitimité des régimes démocratiques, issue de la souveraine volonté de leurs peuples, dans ce fragment, il nous explique en quoi son inexistence dans les dictatures est loin de constituer une menace pour leur existence. La légitimité de celles-ci - qui n’en est pas une en réalité - a essentiellement pour source la bonne collaboration des élites corrompues, mais il s'agit d'une collaboration qui ne tient qu’à leurs consensus autour d’un certains nombres de principes du genre de ceux qui lient les clans mafieux. (Karim R’Bati)

 

Comme Socrate l’explique dans la république de Platon, même dans une bande de voleurs il doit y avoir quelque principe de justice qui leur permet de partager le butin. La légitimité est ainsi cruciale, même pour le plus injuste et le plus sanglant des dictateurs. Il n’est visiblement pas besoin pour un régime d’établir la légitimité de son autorité, aux yeux de la majeure partie de sa population, afin de survivre. Les exemples contemporains sont multiples de dictatures minoritaires, farouchement haïes par de vastes couches de leur population, mais qui réussissent à se maintenir au pouvoir pendant des décennies : tels sont par exemple les cas du régime à prédominance alaouite qui règne en Syrie […]

Un défaut de légitimité aux yeux de la population ne provoque pas une crise de légitimité pour le régime lui-même, jusqu’à ce qu’il commence d’affecter les élites qui sont attachées, et tout particulièrement celles qui détiennent le monopole des pouvoirs de coercition : parti dirigeant, forces armées et police. Lorsqu’on parle de crise de légitimité dans un système autoritaire, on parle en fait de crise à l’intérieur de ses élites dont la cohésion est indispensable au régime pour qu’il fonctionne effectivement.

La légitimité d’un dictateur peut avoir des origines diverses, depuis la loyauté personnelle d’une armée entourée de prévenances, jusqu’à l’idéologie élaborée qui justifie son droit de gouverner. [Dans le XXème] siècle, la tentative systématique la plus importante pour établir un principe de légitimité cohérent, orienté à droite, non démocratique et non égalitaire, a été le fascisme. Celui-ci n’était pas une doctrine «universelle» comme le libéralisme ou le communisme, dans l’exacte mesure où il refusait l’existence d’une humanité commune ou l’égalité des droits entre les hommes. L’ultranationalisme fasciste soutenait que la suprême source de légitimité était la race ou la nation […]

Francis Fukuyama

 

[In : Francis Fukuyama, La fin de l'histoire et le dernier homme; Flammarion, 1992; pp. 41 et 42]

 

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