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Le blog Citoyen

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POST TENEBRAS LUX


Israël, la Palestine et Nous ...

Publié par Karim R'Bati sur 2 Avril 2012, 23:49pm

Catégories : #POLITIQUE

manif_Rabat.jpg

 

Stupéfaction, effarement, consternation, autant de mots qui désignent approximativement mon état d’esprit actuel devant les images qui défilent sur les réseaux sociaux au sujet de la manifestation gigantesque qui s’est tenue à Rabat, il y a une semaine, le dimanche 25 mars, en soutien au peuple palestinien. Au-delà de la bataille des chiffres (100000 de participants selon les organisateurs, 11000 selon les services de police), c’est surtout le degré de mobilisation qui impressionne. Une semaine plus tard, le 1er avril, une autre manifestation massive - bien que moins impressionnante que celle de Rabat - s’est déroulée à Casablanca, cette fois, pour célébrer, comme il se devait, la "Journée de la terre", réitérant pour l'occasion le même soutien au peuple palestinien.

Point commun de ces deux manifestations : toutes les deux n’ont pas été violemment réprimées par la police - comme c’est le cas de presque toutes celles du mouvement du 20 février. Et pour causes, les deux manifestations scandaient des slogans plus ou moins conformes au discours officiel maintes fois exprimé ça et là en faveur de «l’arrêt des violences de l’armée de Tsahal à l’encontre des Palestiniens, de la fin de l’occupation israélienne et pour l’établissement d’un État palestinien avec la ville d’Al Qods comme capitale». On en connaît le résultat.

En somme, rien de nouveau sous le ciel, si ce n’est le rapport des forces largement favorable à Israël ; lequel rapport a pourtant failli tourner à l’avantage des Palestiniens si le printemps arabe avait connu un nouvel élan à la faveur de la chute, parmi ce qui reste des dictateurs arabes, d’un autre ami d’Israël. Cela dit, cette hypothèse, et ses conséquences théoriques sur la libération de la Palestine, reste, à ce jour, d’autant plus improbable que ce sont les masses arabes, manipulées par leurs régimes, qui œuvrent à leur insu à sa non concrétisation.

En effet, quant il s’agit de manifester pour quelque cause lointaine, inoffensive au plan intérieur, une bonne partie de Marocains sont les premiers à sortir dans les rues, les premiers à crier très fort, les premiers à déployer les banderoles les plus corrosives et les plus hostiles à l’occupation des territoires palestiniens, mais dès qu’il est question de défendre leurs propres droits, de dénoncer les injustices dont ils sont victimes ou pour lutter pacifiquement contre la tyrannie makhzanienne,  les mêmes révolutionnaires d’un jour, les mêmes indignés de carnaval, préfèrent rester chez eux, par prudence ou par lâcheté ! La manifestation de dimanche 25 mars à Rabat et celle de la semaine d’après à Casablanca en sont une parfaite illustration. Non que le peuple palestinien ne méritait pas une telle débauche de solidarité. Sans nul doute, il mérite beaucoup mieux - mais certainement pas les formules incantatoires de certains, ni le lyrisme désuet d’autres et, encore moins, la récupération de sa lutte légitime contre l’occupation, en vue de redorer le blason populiste de telle ou telle autocratie arabe.

Cela nous rappelle une autre manifestation gigantesque qui a eu lieu vers la fin de l'année 1990, à Rabat, en soutien au dictateur déchu Saddam Hussein qui avait alors annexé le Koweït. La première guerre du Golf venait d’être déclenchée et tandis que le peuple r’bati manifestait massivement son soutien à un pays arabe démuni et impuissant devant l’invasion d’une large coalition occidentale, à laquelle se sont joint la quasi-totalité des pays arabes, le Maroc, on s’en souvient, était engagé aux côtés de cette même coalition.

Depuis, rien n’a changé sous le ciel marocain, le peuple est resté fidèle à ses frères palestiniens d’une empathie sans faille avec les souffrances et les massacres que ces derniers endurent sous l’occupation israélienne, tandis que le régime marocain a gardé son double visage, sa double morale pour ainsi dire : démagogique et populiste d’un coté et, de l’autre, entretenant des relations aussi constantes que discrètes avec l’état hébreu. Faut-il préciser que, jusqu'à une date assez récente, le seul souci qui préoccupait les dictateurs arabes en rapport avec la Palestine consistait à déterminer quant et comment annoncer à leurs peuples respectifs la normalisation de leurs rapports avec Israël. Or le printemps arabe et l’arrivée des Islamistes du sérail au pouvoir ont quelque peu bousculé cet autre complot anti-palestinien.

 

Karim R’Bati : Berne, le 2 avril 2012

 

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* David Serranga, diplomate israélien en poste à Bruxelles, participait le 25 mars 2012, dans l’enceinte du parlement marocain, à une cession du programme Euromed, initié en 1995 par l'Union européenne et dix autres pays méditerranéens.

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