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Le blog Citoyen

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POST TENEBRAS LUX


L’étrange cas du Dr Abdessalam et "Mystère" Yassine ...

Publié par Karim R'Bati sur 15 Décembre 2012, 00:01am

Catégories : #CHRONIQUES

Abdessalam-Yassine.jpg

 

Ceux qui se réjouissent du décès du cheikh Abdessalam Yassine devront bientôt déchanter. Le spectre du leader charismatique de la mouvance des islamistes radicaux d’«al ‘Adl wa’l ihssan» (Justice et bienfaisance) continuera de hanter les Marocains pour longtemps et ses apôtres ne tarderont pas à le canoniser, à en faire un Saint et pourquoi pas Prophète d’une secte hérétique? Dans les temps anciens, les sanctifications post mortem des personnages charismatiques nécessitait plusieurs siècles d’efforts, une accumulation phénoménale de conceptualisations théologiques, un afflux considérable d’énergies humaines œuvrant dans la même direction ; bref, plusieurs générations de fondateurs de religions. Souvent, faute de sang neuf, par manque de génie ou parce que d’imposants édifices religieux étaient déjà installés depuis bien longtemps, ces fondateurs finissaient par se rabattre sur des structures sectaires de tailles plus ou moins modestes.

De nos jours, c’est-à-dire au lendemain de la révolution numérique, il y a fort à parier que le processus, déjà enclenché, de canonisation du cheikh Yassine, quelle que soit son issue, ne risquerait pas de durer trop longtemps avant d’arriver à maturité. Bien qu’il ne dépassera pas la taille d’une confrérie mystique, comme il en existe par dizaine sous nos latitudes - référentiel islamique oblige - celle-ci ne perdra pas pour autant de sa vigueur en tant que mouvement de contestation politique. Pour autant, Abdessalam Yassine restera dans l’histoire du Maroc contemporain comme un personnage à deux facettes, la politique et la mystique, la temporelle et la spirituelle. Certes, ces deux facettes se confondent dans les positions courageuses de l’homme et au rythme des mobilisations impressionnantes de ses troupes, mais il convient de les séparer en vue d’une meilleure mise en perspective de sa mouvance politico-religieuse.

Il y’a, d’abord, la facette de l’opposant politique acharné au régime marocain et c’est d’autant plus important à souligner que l’homme et ses disciples luttaient pacifiquement contre une autocratie violente, tyrannique et injuste. Bien que sous couvert d’oripeaux salafistes, l’opposition idéologique du mouvement d' " 'Adl a'l ihssan" reste digne d’intérêt en ce qu’elle remettait en cause le régime du Makhzen sur son propre terrain, celui sur lequel il prétend asseoir sa légitimité : la commanderie des Croyants, le pouvoir héréditaire et la prétention à la descendance prophétique. Ainsi, livre après livre, prêche après prêche, versets coraniques et hadiths à l’appui, l’homme n’a pas cessé de remettre en question les fondements religieux du régime makhzanien et, dans un pays d’élites corrompues, taiseuses ou à demi incultes, il faut bien admettre que l’érudition du cheikh de la «Jama’a» mérite respect et sa pugnacité le plus digne des hommages.

Quant à l’autre facette, c’est celle du guide spirituel d’une confrérie mystique ou d’un probable saint-marabout - comme s’il n’y en avait pas trop déjà au Maroc ! En tout cas, le gourou d’une secte fondamentaliste qui prétendait traverser les murs et recevoir ses commandements de Dieu en Personne, au rythme de ses élucubrations oniriques. C’était cela aussi le Cheikh Yassine, un guide spirituel doublé d’un imposteur dont les enseignements proposeraient de surcharger l’Islam sunnito-malékite des Marocains - déjà immobile depuis des siècles - par une sorte de nouveau rite sunnite. Par ailleurs, les adeptes de la "Jama'a" ne rêvaient de balayer le régime makhzanien et son monopole sur l’Islam que pour lui substituer un autre monopole, le leur. D’ailleurs, ils ne font aucun mystère sur ce qui constitue le fondement même de leur projet politique : instaurer un Califat où leur Calife règnerait et gouvernerait, en digne représentant de Dieu sur terre. Autant dire une théocratie, fondée sur un Islam clérical, qui n’aurait rien à envier à l’actuelle.

Mais, rassurons-nous, étant donné qu’il n’est pas sûr que le discours  des 'Adlistes réussisse, un jour, à gagner l’adhésion d’une majorité de Marocains et, encore moins, à se substituer à leur souveraine volonté, il n’y aura pas, à moyen ou à long terme, d’autres d’alternatives que l’affirmation de celle-ci ; ce qui passera nécessairement par la concrétisation de leurs aspirations à la dignité, à la liberté, à la justice et à l’égalité, dans le cadre d’une démocratie authentique et d’une société sécularisée, apaisée et, en définitive, respectueuse de toutes les différences et de toutes les sensibilités y compris celle des Islamistes fondamentalistes.

Karim R’Bati : Stanserhorn, le 15 décembre 2012.

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Karim R'Bati 16/12/2012 23:13

Vivement le marabout-guérisseur "Moulay Yassine" ... à côté de tous les charlatans (vivants et morts) K.R'

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