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Le blog Citoyen

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POST TENEBRAS LUX


«La démocratie est au despotisme ce que la civilisation est à la barbarie» (d’après Sigmund Freud)

Publié par Karim R'Bati sur 9 Décembre 2012, 12:21pm

Catégories : #ANTHOLOGIE POLITIQUE

S’il ait un texte de Freud qui devrait avoir une résonance particulière dans le contexte actuel des révolutions dites arabes, c’est certainement un petit extrait de «Malaise dans la civilisation» (1929). Et pour cause, ce texte nous suggère une vérité essentielle qu’on a tendance à oublier et qu’on pourrait résumer en ces termes : «La démocratie est au despotisme ce que la civilisation est à la barbarie». Dans la lutte ancestrale du tyran, à l’égo surdimensionné, contre les aspirations de son peuple à la liberté, à la dignité et à la justice, l'irrévocable logique de l’histoire veut qu’à un certain moment ce tyran ne soit plus en mesure d’imposer sa domination à ce qu'il s'entête à considérer comme ses "Sujets" : c'est qu'entre-temps ces derniers sont devenus, par l'évolution de leur conscience politique, Maîtres de leur destin. Aussi, s'affranchiront-ils de l’illusion de puissance qui les maintenait sous sa tutelle pour accéder, en vrais citoyens, au stade de la civilisation. Aucune force, encore moins celle d’une survivance saugrenue de l'âge des ténèbres, ne peut entraver la marche des femmes et des hommes vers l'aurore de la civilisation. Le despote est assurément cette figure tutélaire des temps anciens. De par la référence désuète à un passé mythifié, dont il prétend tirer sa légitimité et qu’il s'obstine à imposer à des Citoyens-libres en devenir, tout accès aux lumières de la civilisation lui est définitivement interdit. N’est-il pas l’incarnation, par excellence, de la violence barbare envers ses Sujets? N'est-ce pas qu'en son nom des êtres libres sont intimidés, emprisonnés, torturés et même sauvagement massacrés? Bref, le despotisme est une barbarie incompatible avec les exigences de la civilisation et c'est ce que dit en partie ce texte lumineux de Freud. (Karim R’Bati)

SigmundFreud.jpg

«L'élément de civilisation est donné dès la première tentative pour régler [les] relations sociales. Faute d’une telle tentative, ces relations seraient soumises à l’arbitraire individuel, c’est-à-dire que le plus fort physiquement en déciderait au grès de ses intérêts et de ses pulsions. Et cela ne changerait rien si ce plus fort trouverait à son tour un individu encore plus fort.

La vie des êtres humains entre eux ne devient possible qu’à partir du moment où il se trouve une majorité plus forte que tout individu et faisant bloc face à tout individu. Le pouvoir de  cette communauté s’oppose dès lors en tant que «droit» au pouvoir individuel, condamné comme «violence».

C’est le remplacement du pouvoir de l’individu par celui de la communauté qui constitue le pas décisif vers la civilisation. Il consiste à ce que les membres de la communauté se restreignent dans leurs possibilités de satisfaction, alors que l’individu ne connaît pas une telle restriction.

 L’exigence suivante est donc celle de justice, c’est-à-dire l’assurance que l’ordre de droit, une fois donné, ne sera pas de nouveau enfreint au bénéfice d’un individu. Cela ne décide pas pour autant de la valeur éthique d’un tel droit.

 Le cheminement ultérieur de l’évolution de la civilisation semble tendre à ce que le droit n’exprime plus la volonté d’une petite communauté  - caste, couche sociale, ethnie - qui, par rapport à d’autres masses, peut-être plus vaste, se comporterait à nouveau comme un individu violent. Le résultat ultime est conçu comme un droit auquel tous ont contribué en sacrifiant une part de leurs pulsions […] »

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 Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, (1929), [traduction: Bernard Lortholary] Éd. Point, Paris, 2010 ; p. 92 et 93.

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