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Le blog Citoyen

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POST TENEBRAS LUX


La révolte citoyenne des Berbères d’Imiter

Publié par Karim R'Bati sur 20 Janvier 2012, 09:59am

Catégories : #POLITIQUE

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Le 21 octobre 1998, Monsieur Hassan Akhaïdir était un homme heureux. Paysan de profession, résidant dans la localité rurale d’Imiter (ou Amdhir en dialecte berbère de la région), l’homme venait de recevoir le prix du meilleur producteur de graines de blé pour la saison agricole 1995-1996. Ce prix d’excellence lui avait été remis officiellement , en mains propres, par un responsable de l’ «Office Régional de Mise en Valeur Agricole», dépendant de la province d’Ouarzazate, au sud du Maroc.

Il faut savoir que la localité d’Imiter (Amdhir) fait partie de ce que la maudite ancienne puissance coloniale qualifiait de «Maroc inutile». Imiter se situe,  en plein pays berbère, quelque part entre Ouarzazate, au sud, et,  le mont Saghro, à 150 m du niveau de la mer. La région est quasi-désertique,  pluviométrie déficiente et la nature y est hostile, avec des pics de mercures qui peuvent atteindre les 50°. Ces deux paramètres, à eux seuls, donnent la pleine mesure de la victoire de l’homme sur une nature réputée ingrate, tant il est vrai qu'y produire du blé, et de bonne qualité qui plus est, relève quasiment de l’exploit.

Mais la région est aussi connue pour abriter l’une des plus grandes et des plus anciennes mines d’argent d’Afrique, dont les premiers témoignages d’exploitation remontent aux XIème et XIIème siècles, aux temps des Almoravides et des Almohades.  Et il est très vraisemblable que le précieux métal, utilisé à ces époques notamment pour la frappe des pièces de monnaies, ait été extrait de ce site, qui était à l’origine une mine à ciel ouvert. En tout cas, ce que l’on sait avec certitude, c’est que ces contrées connurent leur apogée au temps du commerce caravanier et des grands échanges culturels qui ont, de temps, relié le Maroc à ses racines berbères et africaines.

Tombée dans l’oubli depuis, la mine n’a été redécouverte qu’à la fin des années 1960. La SMI (société métallurgique d'Imiter) a été créée dans la foulée pour exploiter la mine. De 1970 à 2000, environ 6000 tonnes d’agent ont été extraits du site, à raison de 200 tonnes par an, sur des réserves estimées à 2 million de tonnes, avec un taux de pureté du précieux métal d’une valeur de 99.50 %. Ce n’est, certes, ni un gisement d’or, ni une nappe de pétrole, mais la mine est, pour le moins, censée être rentable et créatrice d'emploi et de richesse pour les populations de la région.

Mais comme c'est souvent le cas au plus beau pays du monde, la réalité est bien triste et n'est guère belle que pour les touristes étrangers de passage. De fait, SMI est une filiale de "Managem", groupe minier de la holding royale ONA. "Managem" exploite cette mine depuis plusieurs dizaines d’années, sans qu’il y ait des retombées positives sur le niveau de vie des Berbères autochtones. Pire encore,  "Managem" est responsable de la surexploitation et de la pollution de la seule nappe phréatique disponible dans cette localité. Résultat : plus d’eau pour l’agriculture, de moins en moins pour les populations locales et surtout une catastrophe écologique causée par le recours massif à des produits hautement toxiques, utilisés pour la purification du minerai, avant d’être rejetés dans la même nappe.

Aujourd’hui, la sécheresse qui frappe de plein fouet le sud du Maroc, la dégradation du milieu naturel due à l’intense activité minière, le ballet des camions et le monopole de fait qu’exerce Managem sur les rares sources d’eau potable de la région ont transformé l’ancien oasis d’Imiter et, avec celui-ci, le domaine agricole d’Hassan Akhaïdir, en une terre arable, plutôt favorable à la désertification, à la pauvreté et à l’exode rural.

Depuis quelques mois, les habitants de cet arrière-pays berbère se sont unis, contre toute attente, pour mener une révolte aussi pacifique que déterminée contre "Managem", revendiquant leur droit fondamental à l’accès à l’eau et à une richesse minière, pourtant extraite sur leur propre terre ancestrale. Pour seule réponse des autorités de la région, une présence massive des gendarmes a été constatée aux alentours d'Imiter et sur les voies d'accès à la mine. De toute évidence, ils y ont été dépêchés non pas pour se porter au secours d’une population livrée à elle-même, appauvrie, méprisée, empoisonnée, comme on aurait pu le croire, mais plutôt pour veiller sur les intérêts privés des "heureux" actionnaires de la holding royale (ONA).

Karim R'Bati: Outlandish, le 19 janvier 2012

 

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