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Le blog Citoyen

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POST TENEBRAS LUX


Le passé, le présent et l’avenir de la femme

Publié par Karim R'Bati sur 7 Mars 2013, 00:18am

Catégories : #HISTOIRE

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On réalise mal aujourd’hui qu’au VIe siècle de l’ère chrétienne, au cœur du haut moyen Âge (IVe – Xe siècle), eut lieu en France, à Lyon, une controverse théologique qui avait eu pour objet de répondre à une question cruciale pour les hommes de l’Église catholique de ces temps : «les femmes ont-elles une âme?» D’interminables querelles s’étaient alors engagées parmi quarante-trois  Évêques, auxquels s’étaient joints vingt autres au concile de Mâcon. Et c’est seulement par une toute petite majorité de 32 voix contre 31, que ces  hauts dignitaires écclésiastiques avaient décidé que les femmes étaient des êtres humains à part entière et qu’elles étaient dotées, tout comme les hommes, d’une âme. Ce que l’histoire passe presque sous silence, c’est que l’opposition à l’accession des femmes au statut d’êtres humains était trop forte (pas moins de 31 voix sur 63 votants), qu’il s’en était fallu de peu, à peine deux voix, pour que ces vénérables évêques n’en décidassent autrement !

Ce genre de controverses, très sérieuses, étaient très fréquentes au Moyen- Âge. Hauts lieux des débats scolastiques où l’on devait trancher dans le vif, arguments sophistiques à l’appui, sur des questions jugées décisives pour les hommes de ces époques. Les objets de ces questions, qui peuvent nous paraître, de nos jours, bien puériles, n’en avaient pas moins contribué au cheminement laborieux de la conscience européenne vers la Renaissance et les temps modernes. L’une de ces questions avait pour objets les animaux : ont-ils, oui ou non, une âme ? Après moult débats polémiques où sophisme et art rhétorique furent mis à contribution entre partisans et opposants, on en était plus ou moins arrivé à un consensus satisfaisant pour tous. Ainsi, les théologiens médiévaux étaient-ils parvenus à distinguer l’homme, doté d’une âme spirituelle et immortelle (l’«animus»), de l’animal doté d’une «âme sensitive» et mortelle.

Bien après le Moyen Âge, en l’an 1550-1551, eut lieu dans l’Espagne de Charles Quint une autre controverse, dite de Valladolid. Ce débat avait opposé, en pleine conquête des Amériques, le dominicain Bartolomé de Las Casas au théologien Juan Ginés de Sepúlveda sur la manière dont les Conquistadores devaient coloniser le Nouveau Monde, en conformité avec la foi de Jésus et sa « justice divine ». Il y était notamment question du traitement qu’il fallait réserver aux Indigènes amérindiens et la réponse à cette question dépendait d’une autre : celle de savoir si « ces créatures étranges » étaient des humains ou non, si elles avaient, elles aussi, une âme et, si oui, de quelle nature, spirituelle ou sensitive ? Finalement, l’Église catholique trancha en faveur de l’accession des Indiens au statut d’êtres humains. Or une telle décision n’allait rien changer ni aux viols des peuples amérindiens, ni au pillage de leurs richesses, ni à l’extermination de leurs civilisations.

Quelques siècles plus tard, on ne peut que mesurer l’ampleur des progrès de l’humanité et à travers ceux-ci, ses conquêtes en matière des droits humains en général et des droits des femmes en particulier. Pour autant, si l’on doit, de nos jours, consacrer une journée dans l’année à la femme (le 8 mars), c’est que rien n’est définitivement acquis et c’est aussi pour rappeler que les injustices que subissent les femmes en raison de leur sexe, dit faible, sont toujours d’actualité. Même les sociétés avancées ne sont pas épargnées par certaines formes de discriminations contre les femmes, notamment, le machisme ordinaire, les inégalités salariales, les faits divers de viols ou de violences, jusqu’aux réseaux mafieux de la traite des femmes.

Mais c’est surtout dans les sociétés de tradition musulmane que les femmes subissent les taux les plus élevés de discriminations et de violences. Ici ou là, en terre d’Islam, les injustices faites aux femmes continuent de s’exercer dans une impunité d’autant plus scandaleuse qu’elles sont le plus souvent soutenues, justifiées, ancrées dans les mentalités au nom d'us et de coutumes d’inspiration musulmane. De telles atteintes à la dignité des femmes rappellent, par leur persistance, la place qui leur est réservé dans ces sociétés, mais surtout l'andicape que constitue une telle place pour le developpement et le niveau de bien être de celles-ci ; ce qui est censé faire de la cause féminine un combat de tous les jours et de tous les instants, étant donné que l'avenir de toutes les sociétés en dépend et puisqu’il est établi que le niveau de développement des nations se mesure aussi à l’aune du traitement réservé à leurs femmes.

Dans son interminable recueil de poèmes, «Le fou d’Elsa», Louis Aragon écrivait que « L’avenir de l’homme est la femme ». Mais qu'en est-il de l’avenir de la femme ? Pour cette question, seul un poète visionnaire pourrait apporter une réponse. Rilke disait :

« Cette humanité qui a mûri la femme dans la douleur et dans l’humiliation verra le jour quand la femme aura fait tomber les chaînes de sa condition sociale. Et les hommes qui ne sentent pas venir ce jour, seront surpris et vaincus. » Rainer Maria Rilke, (in Lettres à un jeune poète)

Karim R'Bati : Outlandish, le 7 mars 2013.

 

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