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Le blog Citoyen

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POST TENEBRAS LUX


"Steve Jobs ou le triomphe de l’impérialisme numérique" (du message au médium)

Publié par Karim R'Bati sur 6 Octobre 2011, 23:45pm

Catégories : #ACTUALITÉ

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 Steve Jobs est mort. Triste jour donc, ce 5 octobre 2011, selon certains médias occidentaux qui se sont livrés à une concurrence acharnée en vue de canoniser l’homme, le sanctifier, en faire une énième icône éphémère du monde contemporain. On retiendra de l’inventeur d’Apple et PDG de la multinationale éponyme, crée en 1976, qu’il su conquérir le monde, en l’espace de trente cinq ans, par ses inventions qui allient innovation, esthétisme et sens de l'ergonomie. En somme, une carrière exemplaire jalonnée de créations qui nous auraient, semble-t-il, rendu un immense service ! Bref, une belle trajectoire pour une icône du rêve américain qui aurait, ainsi, permis à l’humanité de franchir aisément le "cap de bonne espérance" de la révolution numérique.

 Pendant ce temps là, le monde a connu de nombreux soubresauts: révolution islamique en Iran, chute du mur de Berlin, effondrement du communisme, réveil de la Chine, de nombreux conflits (comme on dit) périphériques, des coups d’états téléguidés, le spectre de la menace terroriste, des attentats islamistes, dont le plus tragique à New York en 2001, des milliers de bombes américaines larguées sur le peuple irakien, tuant plusieurs centaines de milliers d’innocentes victimes expiatoires du 11 septembre, la crise économique dès 2008 etc. Dans cet intervalle, Israël a continué d’annexer de nouvelles parcelles du territoire palestinien, bombardant à l’occasion des populations sans défense, en guise de punition collective à l’encontre d’un peuple qui a eu «le tord» d’exercer son droit légitime à la lutte armée contre l’occupation sioniste.

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Autant d’événements qu’on aurait tendance à considérer - à juste titre d’ailleurs - comme n’ayant aucun rapport, aucun lien de causalité avec la saga de Steve Jobs et de la florissante entreprise américaine Apple Inc.  Pour autant, comme le prophétisait Marshall McLuhan, le célèbre théoricien canadien de la communication, «The Medium is the Massage» (Le message, c'est le médium» , in Marshall McLuhan, Understanding Media: The Extensions of Man, Mc Graw-Hill, New-York, 1964.) En d’autres termes, on ne peut comprendre le devenir du monde, on ne peut interpréter le flux incessant des événements et des informations qu'on en reçoit sans prendre en compte l’action des médias qui les véhiculent.  

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Dans cette optique, il est permis d’affirmer que les messages ou les contenus de toute communication (poétique ou politique, littéraire ou artistique, scientifique ou autres) sont loin d’être des complexes d’idée abstraites, ils n’existent qu’au travers de leur interaction avec le média qui les prend en change, les restructure avant de nous les communiquer conformément à sa double configuration médiatique et idéologique.  Aussi, lirions-nous le même Platon ou le même Aristote dans un manuscrit médiéval, dans un livre imprimé ou sur une tablette Apple? Il en est de même pour tous les autres informations ou autres contenus véhiculés par tel ou tel autre média. Il en est de même, à plus forte raison, pour notre perception des nombreuses réalités de notre temps, réalités dont on reçoit le message sans pour autant prendre conscience de l’idéologie latente du média.

 Aujourd’hui, on nous apprend la mort d’un homme. Mais là, il n’est pas question de n’importe quel homme, il s’agit de Stève Jobs et on voudrait nous inoculer l’idée que l’humanité aurait perdue un grand génie, un visionnaire qui aurait anticipé nos attentes. Soit ! Pourquoi pas. Mais il n’en demeure pas moins que l’image de Steve Jobs et de ses inventions sont aussi véhiculées par un autre médium, celui d’un certain impérialisme hégémonique. C’est aussi ça les produits Apple, Microsoft et autres supports éphémères des nouvelles technologies de l’information.

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Quant aux inventions de Steve Jobs  n'ont-elles pas réussi, en l’espace d’une trentaine d’années, à aliéner des millions de gens de par le monde? Ne sont-elles pas parvenues à instiller dans leurs esprits, à force de matraquage publicitaire, l’idée selon laquelle posséder un iMac, un iPhone ou une tablette Apple est synonyme de réussite et de branchitude? N’ont-elles pas véhiculé de nouvelles valeurs consuméristes? Ce faisant, elles ont surtout contribué à la toute puissance de cet impérialisme numérique qui - contrairemement  au colonialisme classique - a étendu sa domination plutôt sur les esprits. En vérité, un nouvel impérialisme plus insidieux, plus subtile, plus sardonique auquel auront contribué, par ailleurs, toutes les flashions victimes de ces nouvelles technologies avec leur consentement et ce, notamment en dotant bon nombre d’entre elles de réelles prothèses cérébrales.

 Ou va-t-on ainsi? Serions nous devenus des rouages parmi d’autres dans cet impérialisme numérique triomphant? Lequel prend de plus en plus de place dans nos vies privées, dans nos rapports humains ou dans nos imaginaires? Au rythme où va le monde, nous risquons de finir tous de se faire assister dans toutes les circonstances de la vie par de nouvelles générations de tablettes iPad, de nouveaux iPod, iPhone, BlackBerry et autres prothèses numériques - toutes menacées d’obsolescence programmée. Pire encore, avec ces nouveaux gadgets, tous les ingrédients sont là pour qu'on se laisse peu à peu persuader par les bienfaits de la sacro-sainte main invisible du marché. Dès lors, on n’aura plus besoin ni de penser, ni d’écrire, ni de produire des films, de la littérature ou quoique ce soit, puisqu’on le fera pour nous, à notre place et à moindre frais. Tout sera à portée de main et la désormais industrie culturelle, véhiculée par de nouveaux supports de plus en plus dématérialisants, se chargera de niveler nos goûts, nos identités, nos légitimes altérités, nos consciences et même nos convictions politiques.

Karim R’Bati, Outlandish: le 7 octobre 2011

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