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Le blog Citoyen

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POST TENEBRAS LUX


Sur la querelle des libertés individuelles au Maroc

Publié par Karim R'Bati sur 3 Juillet 2012, 10:30am

Catégories : #LIBRE OPINION

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 Le Journaliste Mokhtar Laghzioui est, depuis quelques jours, sous le coup d'une fatwa qui appelle à son assassinat, pour avoir défendu la liberté individuelle de tout un chacun de disposer de son corps ; ce qui, d’une part, suppose le droit légitime au plaisir sexuel entre partenaires libres et consentants et, d’autre part, ne signifie aucunement ni adultère, ni pornographie, comme nombre d’obscurantistes, détracteurs des libertés individuelles au Maroc, considèrent le thème de la sexualité hors mariage. Quant à la fatwa en question, elle émane d'un ténébreux Fqih dénommé Abdallah Nhari, originaire de la province de l’oriental marocain (Oujda) où il semblerait qu’il gagne sa vie à prodiguer des leçons de religion à une clientèle conservatrice, acquise aux thèses de l’Islam rétrograde qui prospère, de nos jours, sur le lit de l’inculture et de l’analphabétisme.

 Il convient de souligner que la dite fatwa constitue une première en soi, car si les Marocains ont l’habitude d’entendre des fatwas farfelues comme celles légalisant la pédophilie (Maghraoui) [i] ou la nécrophilie (Zemzami) [ii] ou, encore, celle autorisant l’utilisation des pilons de mortier ou des carottes en guise de sextoys (Zemzami) [iii], c’est la première fois que l’on entend au Maroc une fatwa qui appelle à la haine et au meurtre au nom de l’Islam. Cette fatwa qui, dans le registre de la charia musulmane, relève des dispositions de sa loi pénale [القصاص],  a été émise par ce ténébreux charlatan qu’est Abdallah Nhari, comme s’il s’agissait, pour lui, de s’ériger en garant autoproclamé de la charia au «Maghrib islamique», se substituant, au passage, à un cadre juridique, plus moins moderne, déjà en vigueur au Maroc. D’ailleurs, le journal Al-Ahdat Al-Maghribya où officie Mokhtar Laghzioui, n’a pas tardé à déposer une plainte pénale contre Abdallah Nhari pour son appel à la violence meurtrière. Une enquête  a été ouverte, à cet effet, par le parquet de la ville d’Oujda, à l’encontre de ce fqih obscurantiste, pour «incitation à la violence».

 Pour précision, le principe défendu par le journaliste Mokhtar Laghzioui, s’il n’est pas proclamé dans la loi marocaine, est pourtant vécu et assumé comme tel par une grande partie des jeunes célibataires marocains, quand ils peuvent se le permettre. D’où la grande hypocrisie qui entoure l’article 490 du code pénal marocain qui prévoit une peine privative de liberté d'un mois à un an de prison pour toute relation sexuelle en dehors du mariage entre deux personnes adultes. Récemment, l’association marocaine des droits humains (AMDH) est montée au créneau pour appeler à l’abrogation de cette loi rétrograde, laquelle pose un sérieux problème, dans la mesure où elle criminalise les relations de couples et qu’à ce titre, elle constitue une atteinte intolérable à la vie privée des individus.

 Signe d’un grand malaise pour une société placée sous une double tutelle, d’une lecture rétrograde de Islam, d’un coté et de l'autre, d’un régime politique où ce même Islam est religion d’état, une société frustrée où nombre de pathologies (harcèlements, violences faites aux femmes, viols, pédophilie, mariages forcés, etc.) s’y expriment comme autant de retours du refoulé, admis et acceptés à condition de rester tapis dans l’ombre. Or dès qu’il s’agit d’appeler ouvertement à l’abrogation de l’article 490 et à la dépénalisation des relations sexuelles entre célibataires consentants, au nom du respect des libertés individuelles, c’est la levée du bouclier. Entre autres réactions, celle emblématique d’un autre théologien des ténèbres dénommé Ahmed Rissouni, qui expliquait, il n’y a pas longtemps [iv], que les libertés individuelles en général et la liberté sexuelle en particulier seraient une incitation à l’adultère, aux déviances sexuelles, à la pornographie incestueuse, à l’homosexualité et pire encore, ajoutait-il, aux relations sexuelles pendant les récréations, dans les jardins publics, sur les routes et dans les trains !

 Il serait aisé de répondre à l’argumentaire fallacieux de ce théologien rétrograde en rappelant qu’il n’existe rien de pareil dans aucune des sociétés réputées démocratiques et respectueuses des libertés individuelles de leurs citoyens. En tout cas, personnellement, je n’ai rien vu du délirium de ce théologien rétrograde dans aucun des pays européens ou nord américain que j’ai visité. Partout où les principes de démocratie, des droits de l’homme et des libertés fondamentales sont respectées, je n’y ai vu que des sociétés apaisées, équilibrées, épanouies, libres, prospères et avancées dans tous les domaines des cultures et des savoirs, des sociétés où les relations sociales sont codifiées par des valeurs séculières de respect, de civilité et de politesse. En revanche, je n’ai jamais constaté un taux aussi élevé de tensions, d’agressivité ou de harcèlement à l’encontre des femmes, au mètre carré, que dans des sociétés où l’Islam est la règle. Partout où l’Islam existe, je n’ai constaté que des nations sous-développées, culturellement arriérées, humainement frustrées, socialement névrosées ; des sociétés où le crime dit d’honneur passe pour un acte honorable, où viols et violences à l’encontre des femmes y sont  souvent pratiquées au nom de l’Islam; des sociétés, comme la notre, où les femmes violées risquent de subir la peine infâme d’épouser leurs violeurs conformément à l'article 475 du code pénale marocain, par ailleurs défendu bec et ongles par les Islamistes au pouvoir.

 De là, à laisser entendre qu’il existerait une corrélation logique entre l’Islam d’une part et le sous-développement, les violences et les archaïsmes des sociétés arabes d’autre part, c’est une lecture par trop simpliste que je refuse de faire mienne. Et pour cause, d’autres paradigmes entrent en jeu : celui, notamment, du despotisme qui, à son tour, tire sa raison d’être de l’Islam, mais aussi celui relatif à la proportion importante d’incultes et d’analphabètes dont les valeurs et la vision du monde étriqués permettent à des bonimenteurs comme M. Fizazi, M. Maghraoui, A. Nhari, A. Rissouni, A. Yassine, A. Zemzami et d’autres d’exister et de vendre leurs élucubrations d’un autre âge. Cela dit, comme je suis résolument optimiste, je reste convaincu que le chemin du bonheur, de la prospérité et du développement intellectuel et scientifique pour le Maroc, comme pour d’autres nations de culture musulmane, passe inévitablement par la séparation nette entre religion et état et, donc, par le choix d’une société de citoyens libres de toute tutelle, adultes et responsables de leurs actes, une société où les lois civiles protègent autant les individus que leurs libertés fondamentales, dont celle, entre autres, de créer, d’innover et d’apporter, ainsi, la juste contribution que requiert son appartenance au destin de l’humanité.

Karim R’Bati : Niederrikenbach (Suisse), le 3 juillet 2012

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