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POST TENEBRAS LUX


L’Europe, sa muraille de la honte et nous les Africains

Publié par Karim R'Bati sur 27 Août 2013, 17:42pm

Catégories : #POLITIQUE

L’Europe, sa muraille de la honte et nous les Africains

Au Maroc, pays de tolérance selon la propagande officielle, les faits divers racistes dont sont victimes les migrants africains se multiplient à une cadence de plus en plus insoutenable. Ce qu’on pensait n’être qu’un épiphénomène, il n’y a pas si longtemps, serait-il devenu aujourd’hui une tendance lourde qui ronge tel un cancer de larges pans de la société marocaine ? En tout cas, il y a de quoi s’en inquiéter au regard de la gravité des actes de violence raciste et surtout devant le spectacle affligeant de certains des Nôtres, qui poussent leur xénophobie sélective, que dis-je (?), leur racisme des idiots jusqu’à l’afficher toute honte bue. Pour autant, notre indignation devant de telles dérives n’aura ni sens ni effet si elle passait sous silence les manquements flagrants de l’état marocain à ses devoirs moraux ; après tout, n’est-il pas signataire de nombreux engagements internationaux en matière de respect des droits humains ? Mieux encore, toute indignation antiraciste, aussi louable soi-t-elle, gagnerait dans ce contexte à être articulée à ses causes premières. Le mal est plus profond qu’on ne le pense et, à cet effet, il ne faut pas ne plus occulter la responsabilité objective de l’union européenne, ainsi que celle de certains gouvernements européens qui imposent leur diktat au Maroc, moyennant quelques petits arrangements entre oligarchies complices, sans aucune valeur ajoutée pour le Citoyen marocain lambda.

Ainsi, dans les coulisses des relations asymétriques entre l’UE et le Maroc tout se déroule comme si celle-ci, aveuglée par ses hantises, empêtrée dans ses divisions, victime de ses crises, entraînait son voisin du sud dans ses calculs cyniques, le poussant par la même occasion à tourner le dos à l’Afrique et à trahir ses valeurs qui font le socle de son identité plurielle. Le Maroc, ce pays autrefois carrefour de peuples et de races et, lui-même, foyer d’une civilisation de synthèse, donne aujourd’hui l’image peu reluisante d’un pays xénophobe, autarcique et intolérant ; un pays qui n’accepte que certains étrangers (fortunés ou décadents) et pas d’autres, un pays qui donne aussi l’impression d’agir tel un valet de l’Europe, un sous-gendarme de ses frontières de Schengen, sa muraille de la honte.

Pourtant, les Marocains auraient tord d’oublier qu’ils sont avant tout Africains à part entière et qu’ils subissent, comme leurs frères d’Afrique, le même mépris, les mêmes vexations, la même arrogance de l’Europe. Cette même Europe qui, d’un côté, se gargarise de rhétorique droit-de-hommiste, mais qui, dans l’autre, n’hésite pas à porter atteinte à la dignité humaine des ressortissants marocains dans ses consulats, les privant au passage de leur liberté de circulation quant elle ne les expulse pas de son territoire sans ménagement. Tourner donc l’opinion des Marocains contre les migrants africains de passage pour amener les premiers à approuver les expulsions inhumaines des seconds, le tout sous le regard cynique de l’Europe est une infamie que tout Citoyen marocain censé devrait dénoncer avec la plus grande vigueur. De son côté, l’état marocain, au lieu d’y contribuer, devrait non seulement donner de la substance au mythe de la tolérance et de l’hospitalité marocaine, il est aussi censé défendre la dignité et la liberté de mouvement de ses propres citoyens en Europe et partout ailleurs. Et cela passe, entre autres, par l’application souveraine du principe de réciprocité en matière des visas, comme c’est le cas pour de nombreux pays d’Afrique et d’autres continents.

Par ailleurs, en tant que pays de transit, le Maroc n’a pas à subir les conséquences d’un ordre mondial aussi injuste que celui créé par ce qu’on appelle communément « les puissances occidentales ». Que chaque pays applique ses lois sur son propre territoire et affirme sa souveraineté est tout à fait légitime, mais qu’il prétend convertir les états tiers à ses dogmes libéraux, de libre circulation des biens, des capitaux et des personnes, tout en imposant des restrictions à celle des ressortissants des pays du sud, voilà l’autre grande hypocrisie qu’il convient de dénoncer ; plus particulièrement venant de pays qui bâtissent de jour en jour une grande partie de leur prospérité sur le pillage éhonté des ressources de l’Afrique.

Si l’on peut admettre en toute objectivité que l’immigration ne fait souvent que déplacer les problèmes, il n’en demeure pas moins que c’est un phénomène global nourri, entre autres, par les guerres, par les injustices de l’ordre économique mondial, mais aussi, faut-il le souligner, par le désir irrépressible des hommes de jouir de leur liberté de mouvement et d’aspirer à un avenir meilleur. En effet, quel intérêt de quitter son pays s’il est prospère, si on y est libre et si l’on peut y bâtir une vie digne ? Mais si ce n’est pas le cas, de quel droit et au nom de quelle morale devrait-on priver les gens de leur volonté de se reconstruire ailleurs ? Or, si l’on devait leur retirer, en dernier ressort, ce droit au nom des lois souveraines des pays d’accueil, alors la moindre des morales n’exigerait-elle pas que l’on veille à résoudre les drames de l’immigration en amont plutôt qu’en aval et ce, dans le respect de la souveraineté des nations et de la dignité humaine de leurs Citoyens ?

Pour le dire sans détour : que les responsables de l’infamie coloniale assument leur devoir moral envers ce continent meurtri, que ceux qui ont appauvri l’Afrique rendent des comptes directement aux Africains et que ceux qui continuent de piller sans vergogne les richesses du contient noir, affament ses peuples, y maintiennent leurs armées coloniales et favorisent des régimes collaborationnistes et bananiers plutôt que des démocraties pleinement souveraines  payent leur passé indigne de Négriers et leur crimes coloniaux de la même façon qu’ils ont été contraints de payer - pour certains du moins - leur implication dans les crimes nazi. L’humanité des Africains serait-elle de moindre valeur aux yeux de l’Occident ? Telle est la vraie question et tel est l’un des enjeux fondamentaux qui déterminent la problématique migratoire dans l’espace euro-africain de nos jours.

Karim R’Bati

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