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Le blog Citoyen

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POST TENEBRAS LUX


Ni Morsi ni Al-Sissi, ni peste ni choléra

Publié par Karim R'Bati sur 29 Août 2013, 12:47pm

Catégories : #LIBRE OPINION

Ni Morsi ni Al-Sissi, ni peste ni choléra

Vu du Maroc, ce qui se passe en Égypte passionne et divise tout à la fois. Certains invoquent l’argument massue de la volonté populaire, en vertu de laquelle Mohammed Morsi a été élu démocratiquement, pour dénoncer sa violente destitution par le général Abdelfattah Khalid Al-Sissi. D’autres voudraient faire de ce dernier un héros qui aurait sauvé l’Égypte du péril du terrorisme islamiste. D’abord, le régime marocain a stupéfié tout le monde en soutenant, dès les premiers instants, ce coup de force anti-démocratique, emboîtant ainsi le pas à l’Arabie saoudite, ennemie jurée de la confrérie des frères musulmans; quand au large spectre des Islamistes marocains, allant du PJD au mouvement d’ « Al-‘Adl Wa’l ihssan » (Justice et Spiritualité), en passant par les Salafistes les plus rétrogrades - une fois n’est pas coutume - ils ont été unanimes à dénoncer l’atteinte à la légitimité démocratique du président Morsi.

Comme si du jour au lendemain, par pur enchantement, les pires ennemis de la démocratie laïque, ceux qui la qualifient d’invention des « mécréants occidentaux », sont devenus les meilleurs démocrates du monde ! Mais les événements tragiques qui ont jalonné le coup de force du général Al-Sissi ont surtout été une aubaine pour le régime du Makhzen, passé maître dans l’exercice d’autosatisfaction par l’exemple du pire. Ainsi, faute d’une vraie démocratie où la pleine souveraineté reviendrait au peuple comme l’exige le mouvement du 20 février, le Makhzen s’est payé à peu de frais l’image d’un modèle de stabilité dans un monde arabe incertain.

Pourtant, devant une telle imposture, un tel raccourci, l’on ne devrait pas se laisser  intimider. Rien, aucun impératif, sécuritaire ou de quelque nature que ce soit, ne justifie que l’on renonce à l’idéal démocratique, quitte à en payer un lourd tribut - il faut juste espérer y parvenir au moindre coût possible. Il convient, donc, pour ce qui est du cas égyptien, de dépasser le genre de raisonnement binaire qui fait le jeu des régimes autoritaires et leur permet, en périodes de relative accalmie, de compenser leur illégitimité intérieure par le soutien cynique et intéressé de l’Occident. Un minimum de recule nous inspirerait, dans ce cas, une meilleur appréciation de la situation; en d’autres termes, de ne pas prendre position pour aucun camp, ne pas adhérer aux arguments des uns ou aux arguties des autres. Bref, ni Al-Sissi ni Morsi,  ni théorie du moindre mal, ni peste ni choléra !

J’estime, pour ma part, que se ranger pour l’une ou pour l’autre position, serait faire preuve de cécité ou de naïveté - à moins que ça ne soit par pure mauvaise foi. Car l’un, le général Al-Sissi, n’est qu’un dictateur panarabiste sans envergure, qui plus est, issu de la même institution militaire qui a produit des dirigeants aussi médiocres que Moubarak, Sadate ou, dans une moindre mesure, Gamal Abdel Nacer. Quant à Morsi, bien qu’il ait été « démocratiquement élu », disent ses suiveurs, il l’a été d’une drôle de manière : sous la pression de la rue et, si mes souvenirs sont bons, il avait en face de lui un adversaire pro-Moubarak. Par conséquent, les Égyptiens avaient moins exprimé une libre-adhésion à un frère musulman qu’ils ne connaissaient pas bien qu’un vote de rejet d’un symbole honni de la dictature de Moubarak qu’ils ont trop connue. Quant au bilan d’une année de présidence du frère Morsi, nul besoin de démontrer à quel point ce dernier a été terne, sans aucun charisme, aucune avancée notoire, ni aucun acquis d’aucune sorte.

Bien entendu, tout bon démocrate aurait certainement préféré que le premier président démocratiquement élu de l’ère post-Moubarak accomplisse son mandat et soit jugé à son terme sur son bilan. Or, les frères musulmans d’Égypte ont commis une erreur fatale, la même au fond que celle que commettent tous les régimes autoritaires du monde dit arabe : ils ont confondu vote et plébiscite et on cru naïvement qu’ils ont accédé au pouvoir ad vitam aeternam, par la volonté d’Allah et non pas par celle du peuple égyptien ; laquelle, comme toute volonté populaire librement exprimée, ne peut être que changeante. Pire encore, les Islamistes n’ont rien compris à la doctrine démocratique, raison pour laquelle, ils ont mélangé politique et religion, gestion civile et laïque des affaires étatiques et discours messianique d'un autre âge.

Résultat, ils ont abattu leurs cartes trop tôt, déclinés  leurs intentions et exhumés leur rêve désuet de khalifat islamique ; ce qui a fini par inquiéter les milieux économiques, une grande partie de la société égyptienne, ainsi que de nombreux pays occidentaux. Même après avoir été violement écartés du pouvoir, les frères musulmans d’Égypte n’ont toujours pas compris qu’ils se trompent d’époque. Aujourd’hui, seule leur posture victimaire leur donne un semblant de légitimité, mais pour gouverner un pays de 95 million d'âmes et relever les défis d’avenir que devra affronter cette grande nation aux ressources limitées - soyons objectifs - ils n'en seront jamais capables. Fallait-il attendre quatre ans pour le constater ou fallait-il agir vite avant qu’il ne soit  trop tard ? Chacun jugera selon son opinion ou ses représentations. Ce qui est certain, c’est que l’intérêt de l’Égypte et le bien-être de ses citoyens ne seront jamais assurés sous une dictature militaire affairiste et collaborationniste; encore moins, sous une république islamique. En revanche, seule une authentique démocratie civile et laïque, selon le modèle turc ou indien, pourrait y parvenir.

Karim R’Bati

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