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POST TENEBRAS LUX


Stratégie pour une reconquête [du pouvoir] : d’après Serge Halimi (Extraits)

Publié par Karim R'Bati sur 9 Septembre 2013, 11:26am

Catégories : #ANTHOLOGIE POLITIQUE

Stratégie pour une reconquête [du pouvoir] :  d’après Serge Halimi  (Extraits)

Dans la veine des textes dignes de figurer dans la rubrique « Anthologie politique » de ce blog, digne d’être lus et relus aussi, il me plaît de publier ces quelques fragments d’un article lumineux de Serge Halimi. Paru dans Le Monde diplomatique de ce mois (septembre 2013), il porte le titre de « Stratégie pour une reconquête : afin que l’audace change de camp » ; autant dire, tout un inventaire de pensées à valeur performative  à l’attention de tout contestataire de l’ordre dominant : qu’il soit syndicaliste, membre de la société civile, révolutionnaire ou simples indigné. Focalisant sa réflexion sur le système néolibéral et sur les figures de contestation susceptibles de faire reculer ses conquêtes antisociales, l’article de Serge Halimi n’en reste pas moins d’une grande pertinence pour une meilleure appréhension des limites des mouvements de contestation aux régimes autoritaires d’Afrique du nord et du Proche Orient ; mouvements ayant fleuri dès 2011, sur cette aire géographique, à la faveur du printemps démocratique des peuples. Si l’auteur se contente d’une brève référence au grand péché du mouvement « Tamarroud » en Égypte pour illustrer son propos, il n’en incite pas moins à la réflexion sur quelques moyens susceptibles de faire sortir les mouvements révolutionnaires de leurs contradictions et de leurs impasses vers des modèles d’action politique plus intelligents et plus efficaces. En somme, une vraie pédagogie de la révolution par l’action efficiente, planifiée et coordonnée et de ce fait, susceptible d’éroder peu à peu le mythe de l’invincibilité des dominants. Par Karim R’Bati

***

[…] Le propre des grandes coalitions contestataires est de chercher à consolider  leur nombre en évitant les questions qui divisent. Chacun devine quels sujets feraient voler en éclats une alliance qui n’a parfois pour assises que des objectifs généreux mais imprécis : une meilleure répartition des revenus, une démocratie moins mutilée, le refus des discriminations et de l’autoritarisme. À mesure que la base sociale des politiques néolibérales se rétrécit, que les couches moyennes paient à leur tour le prix de la précarité … il devient d’ailleurs plus facile d’espérer rassembler une coalition majoritaire.

La rassembler, mais pourquoi faire ? Les revendications trop générales ou trop nombreuses peinent à trouver une traduction politique et à s’inscrire dans le long terme. « Lors d’une réunion de tous es responsables des mouvements sociaux », nous expliquait récemment M. Artur Enrique, ancien président de la Centrale unique des travailleurs (CUT), le principal syndicat brésilien, « j’ai regroupé les différents textes. Le programme des centrales syndicales comportait 230 points ; celui des paysans 77 ; etc. J’ai tout additionné ; ça nous faisait plus de 900 priorités. Et j’ai demandé : " On fait quoi, concrètement, avec tout ça ? " » En Égypte, la réponse a été donnée … par les militaires. Une majorité du peuple s’est opposée pour toutes sortes d’excellentes raisons au président Morsi, mais, faute d’autre objectif que celui d’assurer sa chute, elle a abandonné le pouvoir à l’armée. Au risque d’en devenir aujourd’hui l’otage, et demain la victime. Ne pas avoir de plan de route revient souvent à dépendre de ceux qui en ont un [i].

La spontanéité et l’improvisation peuvent favoriser un moment révolutionnaire. Ils ne garantissent pas une révolution […] Mais le pouvoir se conquiert encore avec des structures pyramidales, de l’argent, des militants, des machines électorale et une stratégie : quel blog social et quelle alliance pour quel projet ? La métaphore d’Accardo s’applique ici :

« La présence sur une table de toutes les pièces d’une montre ne permet pas à quelqu’un qui n’a pas le plan d’assemblage de la faire fonctionner. En politique, on peut pousser une succession de cris ou on peut réfléchir à l’assemblage des pièces » [ii].

Définir quelques grandes priorités, reconstruire le combat autour d’elles, cesser de tout compliquer pour mieux prouver sa virtuosité, c’est jouer le rôle de l’horloger […] Ces dernières années, des actions localisées, éclatées, fébriles, ont enfanté une contestation amoureuse d’elle-même, une galaxie d’impatiences et d’impuissances, une succession de découragements [iii]. Dans la mesure où les classes moyennes constituent souvent la colonne vertébrale de ces mouvements, une telle inconstance n’est pas surprenante : celles-ci ne s’allient aux catégories  populaires que dans un contexte de péril extrême - et à condition de recouvrer très vite la direction des opérations [iv].

Toutefois, se pose la question du rapport au pouvoir. Dès lors que nul n’imagine encore que les principaux partis et les institutions actuelles modifient si peu que ce soit l’ordre néolibéral, la tentation s’accroit de privilégier le changement des mentalités sur celui des structures et des lois, de délaisser le terrain national, de réinvestir l’échelon local ou communautaire dans l’espoir d’y créer les quelques laboratoires des futures victoires. 

[…]

Serge Halimi

 

[i] C’est moi qui souligne.

[ii] Alain Acardo, « L’organisation et le nombre », La Traverse, n°1, Grenoble, été 2010,  www.les-renseignements-genereux.org

[iii] Thomas Frank, « Occuper Wall Street, un mouvement tombé amoureux de lui-même », Le Monde diplomatique, janvier 2013.

[iv] Lire Dominique Pinasolle, « Entre soumission et rébellion », Le Monde diplomatique, mai 2012.

Stratégie pour une reconquête [du pouvoir] :  d’après Serge Halimi  (Extraits)

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